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La Maison du soin – Laure Fontaine

Pourquoi avons-nous autant de mal à déconnecter, même en vacances ?

Femme allongée dans un espace calme, les yeux fermés, symbolisant la difficulté à se déconnecter et le besoin de relâchement — thème abordé à La Maison du Soin à Rezé, près de Nantes

Si difficile de lâcher, même quand on en a enfin le temps. À La Maison du Soin, à Rezé, je reçois des personnes qui arrivent en séance après plusieurs semaines de congés et qui n’ont pourtant pas décroché. Pas vraiment. Le téléphone était dans la poche. Les mails, « juste vérifiés une fois ». Cette difficulté à relâcher vraiment est l’une des plaintes que j’entends le plus souvent. Alors pourquoi le repos est-il devenu si compliqué — même quand on y a droit ? Envie d’en discuter avec moi ? Réservez votre rendez-vous en ligne Pourquoi le cerveau continue-t-il à tourner même quand le corps s’arrête ? On pose les valises. On s’allonge. Et le mental, lui, repart au bureau. Il récapitule. Il anticipe. Il refait la liste de ce qui attend au retour. Ce n’est pas de la mauvaise volonté. C’est une mécanique. Le cerveau humain est câblé pour détecter les menaces, résoudre les problèmes, anticiper ce qui pourrait mal tourner. Pendant des millénaires, cette vigilance permanente était utile. Aujourd’hui, elle s’applique aux réunions du lundi matin. Il y a aussi une question d’habitude profonde. Quand on passe des mois à répondre vite, à enchaîner, à être disponible, le système nerveux s’ajuste. Il apprend que c’est le régime normal. Et quand on lui retire soudainement le flot d’informations et d’urgences, il ne sait plus très bien quoi faire. Il cherche. Il s’agite. Pas parce que quelque chose ne va pas. Parce qu’il s’est adapté à un rythme que le corps, lui, ne peut pas tenir indéfiniment. Ce que je vois souvent en séance : des personnes qui ont du mal à rester simplement là, dans le calme, sans que ça leur semble « perdu ». Comme si l’absence d’activité était devenue inconfortable. Presque suspecte. Le repos ressemble à du vide. Et le vide fait peur. Comment nos outils numériques ont-ils transformé notre rapport à l’absence ? Il y a une génération, quand on partait en vacances, on partait vraiment. Pas d’accès au bureau depuis la plage. Pas de message professionnel à 22h. Pas de notification qui pulse dans la poche. La coupure était physique, géographique, automatique. Elle n’avait même pas besoin d’être décidée, elle s’imposait d’elle-même. Avant, on fermait la porte du bureau. On rangeait la mallette. Le geste suffisait. Aujourd’hui, plus rien ne ferme. Le téléphone est le même, au bureau et en vacances. Alors la coupure, il faut la décider soi-même. Tout le temps. Résister à l’envie de vérifier, encore et encore — ça semble anodin. Mais chaque fois, c’est une petite décision. Et les petites décisions, à force, fatiguent aussi. Il y a quelque chose de plus subtil encore. Les plateformes, les applications, les boîtes mail; tout est conçu pour créer un sentiment d’urgence, même quand il n’y en a pas. Un badge rouge. Une notification. Un message « en attente ». Le cerveau interprète ça comme un signal d’alerte. Même si le contenu est anodin. Même si ça peut attendre. Le signal, lui, dit : « occupe-toi de ça maintenant. » Et on obéit. Souvent sans même s’en apercevoir. Se déconnecter vraiment n’est donc pas une question de discipline ou de caractère. C’est une compétence à réapprendre. Et comme toute compétence, ça demande un peu de méthode et beaucoup de bienveillance envers soi-même quand ça ne marche pas du premier coup. Qu’est-ce que le corps essaie de dire quand il refuse de se détendre ? La tension dans les épaules qui ne part pas. La mâchoire serrée au réveil. L’impression d’être fatigué même après une nuit complète. Le corps parle. Il parle depuis un moment, souvent. Et on a appris à ne plus vraiment l’écouter ou à remettre à plus tard le moment de lui répondre. Ce que je propose à travers les soins proposés à La Maison du Soin, c’est justement de créer cet espace d’écoute. Pas de guérison, je ne suis pas médecin. Mais un moment où le système nerveux reçoit la permission de ralentir. Où les mains qui travaillent le dos, les épaules, le crâne, signalent au corps qu’il peut poser sa garde. Même une heure. Même partiellement. Ce que beaucoup découvrent en séance, c’est à quel point ils étaient contractés sans le savoir. La tension était devenue le fond sonore normal. Elle ne se signalait plus comme douleur, juste comme état habituel. Et quand elle se relâche, même un peu, il y a parfois de l’émotion qui remonte. De la surprise. Ou simplement une fatigue soudaine, celle qu’on avait repoussée des semaines. Et parfois, ce que le corps raconte va au-delà de ce qu’un massage ou un soin énergétique peut accompagner. Un épuisement qui s’installe depuis trop longtemps, une tristesse qui ne passe pas, une anxiété qui colore tout : ça mérite une attention différente. En parler à un médecin ou à un psychologue n’est pas un aveu de faiblesse. C’est simplement reconnaître que certaines choses ont besoin d’un autre type de soin. Et ça, c’est aussi prendre soin de soi. Comment recréer, concrètement, les conditions d’un vrai relâchement ? Quelques pistes qui reviennent souvent dans les échanges que j’ai avec les personnes que j’accompagne, pas des recettes, juste ce qui semble fonctionner pour certains. Accepter que le premier jour soit difficile. Quand on sort d’un rythme intense, les premières heures de calme sont souvent les plus inconfortables. Le mental cherche quelque chose à faire. C’est normal. Ça ne veut pas dire qu’on n’y arrive pas, ça veut dire qu’on commence à décélérer. La transition prend du temps. Créer une rupture physique symbolique. Ranger le téléphone dans un tiroir plutôt que le laisser sur la table. Choisir un moment défini pour regarder les messages (et un seul). Ce ne sont pas des règles strictes. Ce sont des signaux envoyés au cerveau : « ce mode-là, c’est pour maintenant. » Remettre du sensoriel dans le quotidien. Un bain chaud. Un repas mangé sans écran. Une promenade sans objectif. Ce ne sont pas des activités « zen » au sens marketing du terme. C’est juste ramener l’attention dans le corps, dans l’instant présent, plutôt

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